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Documentez la pandémie

Témoignages Qu’avez-vous appris pendant cette pandémie?

Question diffusée du 20 août au 4 septembre 2020

Voyons le bon côté des choses! Dites-nous ce que vous souhaitez conserver de cette période de confinement dans votre vie après-COVID. Un nouveau passe-temps? Votre nouvelle passion pour la boulangerie ou votre potager? Plus de moments passés avec votre famille? La fréquentation de vos commerces locaux?

Crédits photo: Marc-Antoine Hallé - Icône

 


Témoignage de Sylvie

66 ans, Montréal

La mémoire s’enfile
Sylvie Bilodeau, 2020

Isolée chez moi par la pandémie, j’ai décidé de mettre de l’ordre dans mon atelier, où s’entassaient papiers, pinceaux et articles de couture. Alors que je classais des boutons, l’impuissance au fond du coeur, une démarche artistique prenait vie à partir d’un petit geste tout simple: coudre un à un des boutons pour ne pas oublier. L’idée de mettre en image l’extrême violence de la perte de nos aînés en CHSLD venait de s’imposer. Trois mille sept cent cinquante-neuf victimes entre le 13 mars et le 13 juin. Trois mille sept cent cinquante-neuf visages que l’on ne verra plus. Autant de vies parties en poussière en trois mois. La mémoire s’enfile est le titre de cette démarche. En tout, cinq tableaux de 3×5 pieds regroupant 3 759 boutons soigneusement agencés sur 321 cartons aux motifs variés. Mon plus cher désir est que ce projet soit diffusé le plus largement possible, afin que le visuel prenne vie dans le coeur de chacun-e.

Pour que la mémoire se souvienne et qu’on ne perde pas le fil.


Témoignage de Denise

62 ans, Longueuil

Le plus beau dans cette histoire est mon beau Léo, 6 ans, privé de sa maternelle, qui n’a pas perdu son temps: il a appris à lire par lui-même! On gardera ce beau souvenir du confinement.


Témoignage d'Isabelle

43 ans, Québec

Lâcher prise! Voici ma plus grande leçon de 2020.

Quand on perd le contrôle des événements et des circonstances, de ses certitudes alors qu’on a l’habitude de tout gérer, c’est comme si on tombait dans le vide. C’est déstabilisant. Et frustrant. Et puis, lentement, on baisse sa garde… Laisser les choses aller, se produire, ça a été difficile. Mais ô combien bénéfique! 2020 n’a pas tenu ses promesses. Submergée par les émotions, la résistance était inutile. Alors j’ai cessé de lutter. Je me suis laissée porter par la vague. J’ai lâché prise, mais j’ai tenu bon! J’ai retroussé mes manches et j’ai poursuivi le travail malgré les déceptions. J’ai été présente pour mes enfants comme jamais. J’ai multiplié par dix les souvenirs avec eux!! J’ai regardé pousser mes fleurs, les légumes de mon jardin, et ces deux petits êtres extraordinaires que j’ai mis au monde. 💕 Rien dans ce monde ne nous est acquis. 2020 en a fait la parfaite démonstration. Lâcher prise, c’est enfin vivre pour vrai!


Témoignage de Janine

61 ans, Lac-Beauport

J’ai appris que je pouvais travailler de la maison, dans la même pièce que mon conjoint, dans un logement de trois pièces et demie, avec notre berger allemand! Pur bonheur pour tous les trois: calme, concentration, bien-être. Nous avions déjà amorcé un virage vis-à-vis notre société de surconsommation, mais nous nous sommes rendu compte que nous possédons encore trop de vêtements. J’ai été agréablement surprise de constater que je pouvais travailler de la maison et être plus efficace. Le temps récupéré (au lieu du trafic quotidien) pour dormir le matin et finir la journée tranquillement chez moi a énormément amélioré ma qualité de vie.

Je n’ai vraiment pas du tout envie que tout redevienne «comme avant». Mon but est maintenant de me tenir loin de cette course incessante et inutile qui constituait notre mode de vie. Nous sommes définitivement ailleurs, et pour y rester.


Témoignage d'Ève-Marie

36 ans, Québec

Que j’étais forte et que, malgré la peur, je pouvais relever les défis de l’enseignement en ligne! Et maintenant… voilà l’enseignement hybride… mes deux filles et mon amour me donnent la force d’avancer!


Témoignage de Pauline

77 ans, St-Jérôme

Oh surprise! Comment la société perçoit les personnes âgées? Quand les mesures de confinement pour les personnes de plus de 70 ans briment les droits reconnus à tout citoyen! Quelle importance accorde-t-on aux personnes malades, étant en CHSLD pour finir leur vie? J’ai mobilisé les membres de la Table de réflexion et d’actions des retraités et des aînés de la MRC de La Rivière-du-Nord pour observer l’application des mesures de confinement et leurs effets néfastes sur les personnes âgées. J’ai fait des documents pour dénoncer et combattre en faveur des droits des aînés. […] Actuellement, les aînés, malgré le déconfinement, ont de la difficulté à récupérer toutes ces pertes vécues sur plusieurs mois, et encore plus maintenant vu les informations menaçantes sur le danger de la 2e vague. Plusieurs préfèrent mourir que de revivre ce confinement abusif. Il faut en être conscient, car les aînés n’ont pas tous une longue vie devant eux. Pour bien vivre, il faut se maintenir vivant et en santé, le confinement les menace plus que le virus. L’enfermement dans les appartements, l’interdiction de sortir pour des marches de santé, l’interdiction de socialisation en fermant tous les lieux communautaires pour des échanges et rencontres, l’interdiction de toutes visites, même celles des aidants naturels indispensables pour le maintien de l’autonomie des personnes très âgées ou vulnérables, furent une atteinte aux droits des aînés.

Les aînés sont des adultes capables de prendre des décisions en fonction de leur protection comme tous les autres adultes de la société à qui on laisse la liberté de décider pour eux-mêmes. Pourquoi faire de la discrimination, de l’âgisme, de la surprotection, brimer leur droit de décider pour eux-mêmes? Il faut reconnaître immédiatement que les aînés de tous âges ont droit à leur liberté, de prendre les décisions qui concernent leur vie.

Il faut bien protéger les personnes vulnérables, en perte d’autonomie qui vivent dans les CHSLD ou autres ressources d’hébergement avec soins, les traiter avec dignité en leur donnant les soins de base (alimentation, hygiène, socialisation, chambres climatisées, soins appropriés selon leur perte d’autonomie) et de plus, leur donner le droit de mourir dans la dignité en compagnie de proches. Pour éviter de propager le virus dans les résidences d’aînés, on a pris des mesures de confinement très strictes en brimant les droits de la personne et en négligeant les réels besoins des aînés. Il est important de réviser les mesures de confinement qui ont brimé des droits et ont été néfastes pour plusieurs aînés, avant la 2e vague de la COVID-19. Traitons les aînés comme des personnes, à part entière, capables de décider pour elles-mêmes, et protégeons adéquatement les plus vulnérables avec le support de leurs familles ou leurs proches.

Voilà ce que j’ai appris… que les Québécois ont besoin de réfléchir à la valeur des aînés dans notre société.


Témoignage de Louise

68 ans, Québec

Les masques… devrons-nous en porter encore longtemps? Pour essayer de m’adapter à cette situation que je trouve parfois pénible, j’ai décidé de me mettre à la confection de ceux-ci. J’ai récupéré la vieille machine à coudre de ma mère, je l’ai fait réparer et j’ai commencé à coudre! J’avais déjà des notions de couture, une chance! Car après plusieurs années sans coudre, l’expérience était loin derrière! Donc je couds pour apprivoiser cette pandémie et pour donner les masques que je fabrique. Pour moi, c’est une forme de bénévolat et un passe-temps agréable, tout en respectant mon rythme de vie. Et peut-être une façon de passer incognito? Qui sait!


Témoignage de Marie-Andrée

32 ans, Lévis

Ce que j’ai appris jusqu’à maintenant pendant la pandémie, c’est que c’est utile de faire un retour sur les événements du passé. La pandémie actuelle a été beaucoup comparée à la grippe espagnole, et des textes sont ressortis à ce sujet. Comment nos ancêtres ont-ils géré la crise? Je ne croyais pas que le Québec avait été autant affecté à cette époque. On en parlait comme quelque chose de grave, mais je n’avais jamais vu les photos. J’ai aussi appris que notre gouvernement est tellement plus présent dans la société et prêt à nous aider que dans d’autres pays. Je crois que la majorité du monde ne réalise pas à quel point nous somme choyés au Canada et en sécurité. Cette pandémie m’a rendu heureuse d’être Canadienne. Mais j’aimerais que notre peuple en profite pour modifier sa façon de vivre. Repenser notre manière de consommer. D’ailleurs, ne serions-nous pas tous plus heureux si nous nous entraidions plus dans le monde en général, et non pas juste dans notre société? Je parle ici de venir en aide aux pays du tiers-monde afin que tous aient une chance égale de survie.

La pandémie a changé nos vies. Je crois que beaucoup n’ont malheureusement pas compris encore qu’il n’y aura aucun retour à la normale.


Témoignage de Denise

68, Québec

Moi, j’ai découvert les failles dans mon budget. Je dépensais beaucoup trop en restaurant. Mauvaise habitude que j’avais prise après le décès de ma fille. RESTO FERMÉS, alors j’avais plus d’argent, parce que je ne dépensais plus au resto. Environ 50$ par semaine (200$ par mois). Bonne chose. Aussi, j’ai pris conscience de l’importance de voir mes petits-enfants à toutes les semaines. J’en ai été privé pendant la COVID-19. Ils me manquaient beaucoup. Aussi, j’ai apprécié les sorties gratuites que je pouvais faire avant la COVID-19. Là, tout était fermé. Aussi, moins de pollution et beaucoup plus d’appréciation de tout.


Témoignage de Francine

Charlesbourg

Musée de la civilisation, photographe : Marie-Josée Marcotte – Icône

 

Ma pandémie: c’est le projet qui occupe Francine Voyer durant son confinement.

La création d’une couverture de laine dont les motifs sont inspirés des faits saillants des points de presse quotidien. Cartographie des événements qui émaillent les jours, on y retrouve les drapeaux des pays confinés, un arc-en-ciel, un CHSLD, une préposée, les service essentiels. Y figurent également le trio formé par Legault, Arruda et McCann. Chacun d’eux occupe un carré de laine. Sur celui de la ministre de la santé, on peut voir un lit occupé par une patiente avec un soluté. C’est Francine Voyer recevant un traitement de chimiothérapie après avoir subi une opération en février. Évitant de justesse les reports, elle savoure « sa chance » dans les larmes.

Sa pandémie est une œuvre convalescente, la sienne, celle de la société québécoise, dont la portée va bien au-delà du confinement.

 

Une maille à l’endroit, le monde à l’envers, chronique de Mylène Moisan, Le Soleil

Une initiative du

Avec la collaboration de