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Témoignages Le déconfinement montréalais, qu’en pensez-vous?

Question diffusée du 11 au 18 juin 2020

Zone chaude du Québec, la grande région de Montréal a été contrainte de patienter plus longtemps avant de goûter à un début de liberté: retour à l’école suspendu, prolongement de la fermeture des magasins... sans parler de la crainte de contamination bien présente. Résidents de Montréal, comment vivez-vous cette situation exceptionnelle?

URBANIA et le Musée de la civilisation s’unissent pour récolter des fragments de cette période complètement inusitée dans l’histoire du Québec. Cliquez ici pour en savoir plus.

 

Crédits photo : Étienne Delorieux


Témoignage de Camille

Montréal

Ma famille habite dans le Bas-du-Fleuve et depuis qu’on peut sortir de Montréal, ils me traitent quasiment comme une pestiférée : « On t’aime, mais viens pas chez nous, garde tes virus à Montréal ». Je me disais qu’on allait trouver une façon d’aller passer nos vacances en région moi et ma blonde et en profiter pour voir nos proches en respectant les consignes (de la santé publique), mais à voir leur réaction, si c’est pour les rendre mal à l’aise, je vais passer mon tour.

C’est pas comme si j’avais prévu arriver là et faire des hugs à tout le monde non plus, mais de la façon dont ça a été décrit dans les médias, on a vraiment l’impression que les Montréalais sont radioactifs.

Je trouve ma famille intense, mais en même temps je les comprends un peu d’avoir la chienne.


Témoignage de Louis-Phillipe

Montréal

Autant je suis content que les commerces soient enfin ouverts à Montréal, autant je trouve que ça donne des paysages déprimants. Voir de longues files devant les magasins, tout le monde ou presque (en tout cas dans ce que j’ai vu à date) avec un masque, l’air morose penché sur son cellulaire, mettons que ça donne envie de faire autre chose qu’acheter de la scrap dont tu n’as pas vraiment besoin. C’est encore pire dans une grande ville parce qu’on est plusieurs, l’effet est décuplé, surtout les jours où il fait gris.

On a la consommation triste. Remarque, c’est peut-être une bonne chose.

Magasiner avant ça pouvait être un loisir, surtout en ville, mais maintenant c’est plus le cas. Les événements vont peut-être nous pousser un peu malgré nous à slacker sur la consommation.


Témoignage d'Ali

29 ans, Montréal

Ça fait quelques party que je fais dans ma cour depuis que c’est autorisé. C*&%? que j’étais tanné de faire des 5 à 7 dans zoom. J’avoue que je ne respecte pas toujours la règle des « 3 ménages », mais honnêtement je nous trouve assez prudents, on fait pas trop les caves et on est jamais vraiment plus que 10 en même temps. Quand je vois les gens faire des parties de soccer à 22 sur un même terrain, je me dis qu’on est pas si pire et tsé la majorité des gens que je connais prennent des précautions.

Je connais pas grand monde qui a envie de la pogner, mais c’est sûr que quand tu as 29 ans, tu te sens un peu invincible.

Ma mère capote. Si c’était juste d’elle, elle m’obligerait à porter une combinaison de protection comme les médecins. Je pense que je ferais mieux de ne pas lui dire que j’ai partagé un joint avec mon ami l’autre soir.


Témoignage de Francis

Montréal

Ma soeur habite à Trois-Rivières et j’avoue que je suis un peu jaloux de savoir que ses enfants sont de retour à l’école et pas les miens.

Quand on a commencé à dire que les écoles pourraient rouvrir, j’ai jasé avec ma blonde et on était assez rassuré par ce qu’on voyait ailleurs dans le monde, que les risques pour les enfants semblaient contrôlés. On se disait que si ça rouvrait à Montréal, on allait envoyer les enfants, mais finalement ça ne se passera pas. C’est pas toujours facile, on travaille de la maison et les attentes de nos employeurs ne changent pas alors qu’au fond, je peux juste travailler à 80% de ma productivité habituelle avec les enfants dans les parages. On a fini par trouver une routine en alternant la « garde » ma blonde et moi, mais j’ai hâte à septembre. Et je te dis ça en sachant au fond de moi que je vais aussi m’ennuyer de ne pas toujours avoir les enfants avec moi.


Témoignage de Noémie

31 ans, Montréal

J’habite Montréal parce que j’aime sincèrement y vivre. J’aime sa diversité, dans tous les sens du terme. Durant les trois derniers mois, la ville était méconnaissable, vide, triste, trop tranquille, elle avait perdu sa saveur. Je crois que nous avons été désillusionnés en idéalisant ce déconfinement progressif.

Pour ma part, je pensais que tranquillement mais sûrement, la vie reprendrait, pas comme avant, mais qu’elle reprendrait. C’est finalement beaucoup plus difficile, la ville n’est qu’une série de longues files d’attente.

Partout où l’on va maintenant, on doit se résoudre à attendre toujours plus longtemps. On sent et lit dans les médias sociaux la peur des gens résidant en région de voir les Montréalais débarquer. À lire ces commentaires, parfois très crus, on dirait que nous sommes tous malades et porteurs de cette maladie, que nous n’avons pas été prudents… Mais pourtant… Ce n’est pas le propre des Montréalais de rester tranquillement à la maison comme nous l’avons fait dans les dernières semaines… et majoritairement, nous avons suivi cette directive. J’ai hâte de revoir ma ville reprendre ses couleurs et ses saveurs. J’ai hâte de revoir ma famille et amis Montréalais sans nos masques. J’ai hâte de pouvoir retourner voir ma famille qui réside dans le Bas-St-Laurent, sans peur. J’ai hâte de retourner explorer les régions de notre belle province. J’espère qu’en tant que Montréalaise, j’y serai bien accueillie, contrairement à ce qu’on peut lire dernièrement… J’ai hâte de pouvoir voyager… Mais surtout, j’espère que cette expérience aura changé notre vision du monde. Que nous aurons évolué.


Témoignage de Julie

44 ans, Bois-des-Filion

Je ne suis pas résidente de Montréal, j’habite en banlieue. Habituellement, je vais très souvent m’y promener seule ou avec des amis. J’aime bouquiner sur Mont-Royal, me promener sur la montagne, marcher dans le quartier chinois, faire les boutiques, perdre mon temps dans le Vieux-Port, manger ethnique, courir les festivals, les expositions, les spectacles…

Bien que certaines de ces activités reprennent tranquillement, Montréal reste une zone trop chaude à mes yeux. Je ne suis pas encore prête psychologiquement à me retrouver dans le métro, entourée de gens.

Je me sens donc en punition, privée de mes petits plaisirs. Bien hâte que tout revienne à une certaine normalité.


Crédits photo : Urbania


Témoignage d'Arianne

21 ans, Montréal

Je suis étudiante à Montréal depuis deux ans, mais je viens d’une autre région. Comme ma session n’était pas terminée avec le début du confinement, je suis restée dans la métropole.

Maintenant que le 1er juillet approche, je dois déménager. Certains membres de ma famille refusent de venir m’aider, par «peur d’être contaminés».

Dans le fond, je dois me taper un déménagement presque toute seule… Sacrée COVID.


Témoignage d'Hubert

59 ans, Montréal

Crainte de la contamination bien présente? Mais pas du tout! Les seules personnes à risque d’être contaminées sont les résidents des divers types d’établissements pour personnes âgées, leurs employés, les employés du secteur de la santé et les travailleurs de l’agro-alimentaire. Pour le reste, c’est peinard.

Je marche environ 10 km par jour dans des rues calmes et arborées de Ville Mont-Royal, où il n’ y a aucun cas, sauf hélas les presque 300 du CHSLD Vigi Mont-Royal. Bref, quand on regarde la carte de distribution de la COVID à MTL, on pense à Yvon Deschamps: mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade… Car la COVID touche hélas les plus vulnérables de la société: personnes âgées peu autonomes, employés à faible revenu et réfugiés et immigrants récents. Triste.


Témoignage de Martine

57 ans, Roxboro-Pierrefonds

Un jour à la fois… Ce n’est pas facile. Attendre encore plusieurs minutes pour entrer dans un magasin ouvert. Voir les librairies, les cinémas, fermés, abandonnés. Sentir que les gens s’éloignent de vous par peur de se contaminer ou de vous contaminer. Voir les bibliothèques fermées, encore et encore. Voir les enfants dans les rues, désœuvrés. Il y a le beau temps qui s’amène… les gens se souriront-ils? Dans les jours de canicule, les piscines publiques seront-elles ouvertes? Une chance que nous pouvons toujours faire du vélo, marcher dans les rues, passer dire bonjour aux amis – en restant sur le trottoir… À quand le petit verre sur la terrasse? La suggestion de la bibliothécaire? Le sourire de la caissière au supermarché? Juillet s’en vient avec chaleur et pluie rafraîchissante, août est plein de promesses, septembre… à quoi s’attendre? Mieux que ce que nous vivons en ce moment, je l’espère.


Témoignage de Joanie

36 ans, Montréal

Déconfinement. Comme Dr Arruda le dit, c’est notre probation. Tranquillement pas vite, on va arriver à la nouvelle année scolaire, alors que celle-ci se termine en rendant nos enfants du primaire prêts pour la téléuniversité. En tant que Montréalais, on cherche ce qu’on pourra offrir à nos enfants, qui ont encore deux mois d’été à rien faire, sans oublier qu’il n’y aura pas de travaux scolaires! Chanceux, les jeunes qui iront au camp de jour avec thématique «jouer à rester éloigné». Aller manger un cornet servi par un employé déguisé en chirurgien, la sortie de l’été! Si au moins les sports intérieurs pouvaient rouvrir, ma jeune pourrait continuer la gym… S’entraîner sur Zoom, ça a ses limites après trois mois.

J’ai envie d’aller faire un petit tour en région, j’ai de l’argent à apporter avec mon Purell et mon couvre-visage fabriqué au Québec, mais je dois enlever tous les signes que je viens de Covidville, au risque de me faire regarder de travers.

Maintenant, je comprends mieux ce que c’est, la discrimination basée sur l’origine. (Bien entendu, je ne peux comparer cela à nos communautés qui souffrent vraiment de discrimination…) Chaque jour dans l’attente d’une conférence de presse qui annonce des nouvelles qui nous concernent personnellement. Mais une annonce des diminutions des hospitalisations presque chaque jour, ça reste une excellente nouvelle chaque fois.


Témoignage de François

31 ans, Montréal

Les raisons de ce décalage sont, je le crois, fondées. Toutefois, la paranoïa des gens en dehors de Montréal est absurde. Ma famille vient de la région des Hautes-Laurentides et là-bas, les gens ont peur de se faire contaminer par les propriétaires de chalets montréalais. À les entendre parler, on croirait que «The Walking Dead» est devenu réalité. Cela réveille la vielle dichotomie ville/région. Quel retour en arrière!


Témoignage de Julie

26 ans, Montréal

Je vis à Montréal dans une colocation. Depuis le début de la pandémie, chaque semaine, on se fait des discussions de colocs pour se réaligner sur ce qu’on peut faire ou ne pas faire. Ça n’a pas été toujours facile. Les règles des autorités publiques ne s’adaptent pas toujours à un «foyer» comme le nôtre, mais on a su prendre notre mal en patience et s’adapter pour respecter au mieux le confinement.

Le déconfinement, on l’attendait impatiemment. Ça fait du bien de revoir du monde, d’autre monde. Pour autant, on fait toujours super attention et on compte pas relâcher tous nos efforts!


Témoignage de Vanessa

29 ans, Montréal

Je n’ai pas encore commencé à me déconfiner. Toute la province le fait, mais pas moi. Je suis immunodéprimée. Je commence à avoir un peu de pression des amis et de la famille pour les voir, recommencer une vie normale. Certaines personnes de mon entourage ont recommencé à voir des gens bien avant le déconfinement. Je me sens encore moins en sécurité qu’avant. Plus le monde se déconfine, plus ça me limite dans mes activités. Je souhaite tellement qu’ils aient raison, que «ça va bien aller», mais je préfère attendre. Encore un peu. Je suis déterminée à ne pas l’attraper et à ne pas le transmettre. J’ai commencé a louer des Communauto pour me promener. C’est ma seule activité, le seul vrai risque que je m’autorise. Ça me fait un bien fou.

Une initiative du

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