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Témoignages Comment vivez-vous votre confinement?

Question diffusée du 24 mars au 2 avril 2020

S’il est vrai que les épidémies ne datent pas d’hier, la présence d’un virus à l’ère numérique est un évènement encore unique. Plus que jamais, nous avons les outils pour rester connectés et documenter notre quotidien qui se poursuit, malgré tout. Nous vous invitons aujourd'hui à nous donner de vos nouvelles: comment vivez-vous la pandémie?


Témoignage d'Audrey

Bien sûr que c’est différent depuis la pandémie, mais je ne pense pas que j’ai le droit de me plaindre. Il y a plusieurs personnes dans les hôpitaux et moi, toute ma famille est en santé. Mes deux parents sont professeurs, donc toute la famille est à la maison.

Honnêtement, je ne m’ennuie pas tellement de mes amies, parce que je reste en contact avec elles. À chaque jour, j’amène une lettre que je colle sur leur porte et, à chaque jour, elles me répondent.

Pour nous divertir, nous sautons sur le trampoline et nous lançons le Frisbee. Le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi, nous avons une heure d’école.


Témoignage de Jean

65 ans, Québec

Le côté sombre et triste du confinement dans les rues de la Ville de Québec.

 


Témoignage d'Hélène

Pour moi, la chute est brutale. Depuis trois ans, je me donne corps et âme pour une PME, sans compter mes heures. Cette entreprise est maintenant sur pause, mais pour combien de temps?

Mes clients me manquent cruellement, car je passais la majeure partie de mes journées en leur présence. Mes collègues de travail et moi formions une équipe formidable, toujours motivée et créative. Ils me manquent aussi. La solitude de ma mère, seule dans son condo, m’inquiète de plus en plus. Ma source d’inspiration ces jours-ci: mes deux filles qui sont confinées à la maison et qui font preuve d’une résilience incroyable. Étant une personne très active et sportive, je tourne en rond dans ma cage dorée, la nature me manque cruellement. J’ai hâte de revoir mes amies, ces personnes si chères à mes yeux. Un travail d’introspection s’impose, et il alimentera mes futures réflexions sur la vie.


Témoignage de Jerry

Le 26 mars 2020, j’ai craqué. Je suis soigné pour certains troubles de santé mentale (anxiété et forme de bipolarité). Jusqu’au 26 mars, je vivais bien la situation, mais la pression est montée et il a fallu que je me parle fort pour tenter de retrouver l’équilibre.

«Me parler fort», c’est une de mes stratégies pour rebondir. Un dialogue intérieur s’installe entre la personnalité qui a peur et celle qui tente de la rassurer. Une discussion entre l’égo et la raison. La situation n’est pas facile pour personne, elle est de nature stressante. Quand on vit de l’anxiété, ce genre de situation peut devenir très critique.


Témoignage de Catherine

40 ans, Victoriaville

La danse avec les enfants représente mon confinement. Les hauts et les bas du quotidien avec trois enfants en famille reconstituée. Ceux qui savent souriront. Ici, c’est un haut! L’euphorie dans ce cas-ci.


Témoignage de Geneviève

Pour moi, la période de confinement n’existe pas.

Je suis paramédic et la population a besoin de nous. Présentement, nous vivons une période difficile, une période de doute, car nous sommes au front. Nous entrons dans les maisons d’inconnus en espérant que ceux-ci nous disent la vérité, car plusieurs nous cachent des voyages/contacts avec des gens qui ont voyagé.

Nos directeurs nous annoncent qu’ils font tout en leur pouvoir pour ne pas être en pénurie d’équipements de protection, mais si cela arrive quand même… Qu’est-ce que nous deviendrons? Je crains chaque jour d’être en contact avec ce virus et que, malgré toutes les précautions prises, je le ramène chez moi et contamine mes proches. Malgré tout cela, j’adore mon métier et j’adore venir en aide à ceux qui en ont besoin. La reconnaissance que nous recevons présentement de la part de la population me fait chaud au cœur.


Témoignage de Laura

Je vis la pandémie comme la plupart des gens, avec du stress, mais je me suis arrangée pour ne pas avoir trop de problèmes durant mon confinement… J’étais déjà une mère au foyer! Je suis une artisane autochtone qui travaille à la maison. J’ai également un enfant avec des besoins particuliers: il est content de rester à la maison.

Je suis obligée de fermer ma boutique d’artisanat, mais je continue la création. C’est à ce niveau que je me trouve chanceuse… Parce que c’est peut-être mon art qui va me sauver la vie!


Témoignage de Monique

Montréal

Je travaille au centre jeunesse de Montréal, qui est considéré un service essentiel. Nous hébergeons une centaine de jeunes et j’assure le soutien administratif avec deux infirmières. Depuis la pandémie, je me rends au travail en auto. Dans mon milieu de travail, nous ne sommes que trois dans un très grand bureau. Nous respectons la distanciation sociale.

Depuis la pandémie, les visites des parents sont totalement interdites. Comme nous hébergeons des garçons de 5 à 11 ans et des filles de 5 à 18 ans, il nous arrive d’entendre les pleurs des plus jeunes, dont l’unité de vie est près de notre bureau. Cela me brise le coeur.

Les intervenantes font un travail exceptionnel.


Témoignage d'Hélène

66 ans, Québec

 


Témoignage de Paméla

Kuujjuaq

Je suis travailleuse sociale à Kuujjuaq, dans le Grand Nord québécois, où on peut se rendre seulement en avion. Si le coronavirus se rend ici, avec 2500 habitants, ce sera difficile à gérer!

Ainsi, pas de chance à prendre. Comme j’ai des symptômes d’allure grippale, je suis obligée d’être confinée à la maison et de faire du télétravail. Je travaille en mou, sur ma table de cuisine, avec mon chum qui fait du télétravail en mou sur la table du salon. On est pas mal à jour dans notre lavage, mais on a plus grand chose à dire pour se raconter nos journées. Mes pauses consistent à faire des push-ups sur le plancher et à dégeler de la viande pour souper. Je connais mon fil d’actualité par cœur et j’ai fini mes séries Netflix. Mon chum et moi, on apprend à se connaître et ça nous amène à redéfinir nos priorités. C’est angoissant, tout ça! Que va-t-il arriver par la suite? Qu’adviendra-t-il de nos projets? Quelle partie de la maison est-ce que je nettoie aujourd’hui? Va-t-on manquer de papier de toilette? Toutes ces questions sans réponses, habillés en mou. On doit rester confiants qu’un jour, nous irons dehors avec des vêtements normaux et que ça va bien aller. Un jour à la fois.


Témoignage d'Isabelle

55 ans, Montréal

Elle s’appelait Huguette. Encore récemment elle répétait à qui voulait l’entendre qu’elle était née à Montréal le 5 octobre 1927 d’un père menuisier et d’une mère institutrice, comme si elle cherchait ainsi à s’accrocher à ce qui lui restait d’identité, le peu que cette terrible maladie qui fait disparaître la mémoire ne lui avait pas encore enlevé. Puis elle se mettait à énumérer dans l’ordre les prénoms de ses huit frères et sœurs, en omettant toujours celui du plus jeune sans qu’on sache pourquoi. Même si ses facultés étaient diminuées, le fait de pouvoir se déplacer en fauteuil roulant de façon autonome la maintenait pour ainsi dire en vie, et elle arpentait inlassablement les larges et lumineux corridors du centre où nous lui avions trouvé refuge. Lorsque nous lui faisions jouer certaines chansons qui remontaient à sa jeunesse, elle s’animait et chantait à l’unisson. Dans ces moments-là, stimulée, elle se mettait parfois à en chanter d’autres se rappelant de couplets entiers dont nous ne soupçonnions pas même l’existence. Elle faisait même des blagues dont elle riait de bon cœur.

Quand l’autre maladie, celle à couronne, a fait son entrée en scène et a commencé à semer la désolation dans les centres comme le sien, et qu’elle s’est retrouvée confinée, quasi séquestrée dans sa chambre, c’est je crois de se retrouver tout à coup privée de sa liberté de circuler dans les grands couloirs qui l’a le plus minée et a peu à peu sapé sa vitalité.

Fatalement, inévitablement, inéluctablement, le foutu virus l’a frappée à son tour et a commencé à faire son œuvre.

On nous avait assuré que même si elle avait été atteinte, elle ne présentait pas de symptômes et semblait relativement bien se porter. Puis elle s’est mise à refuser toute nourriture. Elle a même arraché de son bras le cathéter du soluté par lequel on tentait de la maintenir en vie. Nous avons alors su qu’il ne fallait pas tarder. Lorsque nous nous sommes rendus à son chevet, ma sœur et moi, son visage était tellement émacié que c’est comme si le masque de la mort avait déjà commencé à le remplacer. Nous sommes restés là un bon moment penchés sur elle, un peu vacillantes, à lui prodiguer des paroles douces et à lui caresser le visage tendrement de nos mains gantées.

Ce devait être étrange pour elle de voir ces deux personnes vêtues de combinaisons, de masques et de visières, un peu comme si nous étions à Tchernobyl, penchées ainsi sur elle.

Elle ne voulait même plus qu’on cherche à l’hydrater ou ne serait-ce que lui humecter les lèvres à l’aide d’une petite éponge sur un bâtonnet. Elle s’est éteinte tout doucement le surlendemain 23 avril au matin.


Témoignage de Sarah

Étant infirmière, la pandémie, c’est me rendre au travail la peur au ventre. C’est me préparer au pire en souhaitant du plus profond de mon être que le cyclone n’arrive jamais.

C’est vivre de la frustration, de la colère et du découragement lorsque certains individus ne se sentent pas concernés par cette irréelle réalité. C’est également se consoler en ayant une sécurité d’emploi et c’est se sentir indispensable vu la profession que j’exerce. C’est aussi une énorme pression que mes épaules supportent: il ne faut ABSOLUMENT pas être un vecteur de contamination. C’est de garder une bonne santé mentale, ne serait-ce que par le fait que je vois d’autres humains en chair et en os. C’est être touchée par la vague d’amour de la population et c’est avoir une larme à l’œil à la vision de multiple arcs-en-ciel avec la mention «Ça va bien aller», d’une part parce que c’est beau et que ça donne espoir, mais d’autre part parce que personne ne sait si ce film, dans lequel nous avons tous un rôle crucial à jouer, se terminera de belle façon…


Témoignage de Louise

67 ans

Je me sens déstabilisée. Pour diminuer mon anxiété, je me sers de mon sens de l’humour.

J’aime rire et faire rire. Les émotions sont à fleur de peau… Je respecte les consignes: je me protège et je protège les autres. J’aime tricoter, lire, faire des exercices: marche, Zumba en ligne, entre autres. Je fais parfois des exercices de mémoire active. J’écoute les nouvelles à chaque jour, mais j’essaye de doser et de choisir les bons médias. Je ne m’ennuie pas vraiment actuellement. Je vis au jour le jour. Ma mère de 94 ans est dans une résidence et elle a l’Alzheimer. Je trouve ça dur de ne pas la voir. J’espère pouvoir la revoir… un jour?

Une initiative du

Avec la collaboration de